Be safe de Xavier-Laurent Petit

Publié le par Aurore


Jérémy et son frère Oskar mènent une vie paisible d'adolescents insouciants jusqu'au jour où, après une répèt' dans leur garage, ils décident de faire un tour au supermarché du coin. Là, des recruteurs de l'armée font miroiter un bel avenir à Jérémy: constructeur de pont. Oskar et ses parents s'inquiètent, et le père, homme taciturne à la jambe boiteuse, semble partiulièrement touché par cette nouvelle. Le jour du départ au camps d'instruction, Fort Carolina, plusieurs familles se retrouvent: de nombreux jeunes ont signés, et Jéremy retrouve des amis eux aussi engagés pour construire des ponts... Au camps, Jérémy se fait remarquer pour son habilité au tir, et reçoit bien vite sa nouvelle affectation: là-bas. Commence alors, un nouvel enfer, entre le garçon pris dans l'horreur et la réalité de la guerre, et sa famille, à laquelle il cache la vérité, à l'exception de son frère avec lequelle il communique par emails, terminant toujours par ces mots "Be safe" (reste en vie).

Ce n'est certes pas le premier roman traitant de la guerre, de l'engagement des jeunes dans cette folie meurtière. Mais dans Be safe, la narration se déroule au village où les familles sont restées, devant la télévision et recevant parfois la visite des hommes de l'armée, porteurs de mauvaises nouvelles. Tous vivent dans l'attente: du retour, de la fin, de  la mort... La guerre ne pénètre le village qu'ainsi, et à travers ces emails qu'échangent Jérémy et Oskar. Oskar pris dans les émois de l'adolescence, Marka, et sa voix, le père qui cache son passé, et la grand-mère qui arrive dans sa vieille guimbardes, les bras chargés de romans d'amour à l'eau de rose.

Un déroulement impeccable, et un saisissement encore plus grand car, en fin de compte, les mots violents de Jérémy percutent la réalité douce d'Oskar, ces fils partis au loin étaient bien loin de s'imaginer ce qui allait se passer, et qui sait jusqu'où il faudra aller... Un roman subversif, et malgré Oskar,  narrateur impassible voire fade, un message nettement anti-militariste, tout en finesse.

Be safe a recu le Prix Sorcières 2009 dans la catégorie Roman ado, ex-aequo avec Le dernier Orc de Silvana de Mari (Albin Michel, collection Wiz).



Be safe de Xavier-Laurent Petit, Ecole des loisirs (Médium), 2007

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