Thriller d'Iegor Gran
A planter son roman dans une université et à cultiver les profs de fac, les doyens et tout ce beau monde, on sent bien qu'Iegor Gran est un admirateur des romans universitaires à la David Lodge. Même décor, même esprit caustique, même humour britannique. Mais au fait, Iegor Gran n'est-il pas français?!
L'auteur est bien français, et il est aussi la preuve que l'humour anglais provoque des dommages collatéraux en dehors de l'île. Et comme, il fait d'une pierre deux coups, il est aussi la preuve que les auteurs français ont encore de l'humour. Bonne nouvelle, je commençais à en douter.
L'histoire? Lors d'un repas mondain, Norman, professeur d'économie à Berkeley, se retrouve accusé du vol d'un portefeuille. Pire, il aurait volé ce portefeuille à un déshérité, un pauvre clodo. Mortifié, Norman nie en bloc. Mais tout de même, il a souvent des trous de mémoires... De l'autre coté de la table, le doyen Lorch met au point sa dernière stratégie pour s'envoyer en l'air avec Susan, l'épouse de Norman. Celle-ci s'ennuie fermement avec son mari, et trouve une certaine distraction dans ces aventures extra-conjugales. Mais entre Norman qui est obsédé par sa grande équation sociale et Lorch qui est obsédé par ses performances sexuelles, le choix est parfois difficile! Tout se complique avec la parution d'un entrefilet dans le journal: le corps d'une femme a été retrouvé. Et si le coupable était Norman?!
Ah comme il s'amuse l'auteur à nous balader d'un personnage à un autre! Le découpage avec son alternance des points de vue, donne au roman un rythme fort sympathique (bien qu'un peu répétitif). On sautille d'une farce à une autre, on se noie dans l'absurde d'un bout à l'autre. Mais jusqu'où ira-til?!
Par la suite, j'ai trouvé que ça s'essoufflait un peu: des réflexions trop polies, et un peu trop répétitives. Pourtant, on s'amuse, et on se questionne vite sur l'identité de chacun, sur la culpabilité de Norman... Chacun s'empêtre dans ses propres contradictions, et la fin du roman nous prend de vitesse pour nous laisser sur le flanc, abasourdi.
Une promenade sympathique, quelques procédés stylistiques qui font aussi penser au nouveau roman (Je m'en vais de Echenoz en particulier), mais Iegor Gran ne m'a pas convaincue. Ca tourne un peu trop en rond, et malgré la satire sociale, ce Thriller manque d'un petit quelque chose pour être à la hauteur.
Pour Béné, c'est "un livre de [la] rentrée littéraire à lire absolument pour se décontracter les zygomatiques"
Thriller d'Iegor Gran, P.O.L., 2009